Honoré Nabéré Traoré, né le 28septembre1957 à Dédougou dans la région de la Boucle du Mouhoun, est un officier généralburkinabé. Il est nommé chef d'état-major des armées à la suite de la révolte de 2011
jueves, 22 de abril de 2021
Honoré Traoré
Après la démission de Blaise Compaoré, le 31octobre2014, à la suite d'un soulèvement populaire, il s'autoproclame chef de l’État par intérim, pour une durée de 12 mois. Il préside le pays pendant quelques heures.
Le 1ernovembre2014, l'armée publie un communiqué qui affirme son soutien au lieutenant-colonel Isaac Zida comme chef de l'État de transition4. Le général Honoré Traoré en est un des signataires, ce qui implique son renoncement au pouvoir.
Blaise Compaoré
Blaise Compaoré, né le 3février1951 à Ziniaré, ville au nord de Ouagadougou2 est un militaire et homme d'Étatburkinabé, président de la République de 1987 à 2014.
Arrivé au pouvoir le 15 octobre 1987 à la suite du coup d'État contre Thomas Sankara, il est le fondateur de l'Organisation pour la démocratie populaire/Mouvement du travail (ODP/MT), qui fusionne avec douze autres partis politiques pour donner naissance, le 5 février 1996, au Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), ancien parti au pouvoir. Il a été impliqué dans le meurtre de Thomas Sankara, son prédécesseur, survenu lors du coup d'État de 1987. Élu président de la République en 1991 à la suite d'un scrutin contesté et boycotté par l'opposition, il est réélu en 1998, 2005 et 2010. Il doit démissionner le 31 octobre 2014, après 27 ans au pouvoir, à la suite d'un soulèvement populaire.
Biographie
Blaise Compaoré est né le 3 février 1951. Il est l’aîné des sept enfants de Bila Maurice Compaoré et de Tiga Thérèse Bougouma. Engagé dans l’Armée française en tant que tirailleur sénégalais en 1934, le père rentre au pays en 1947, où il exercera la fonction de garde républicain. Avec ses frères et sœurs, Blaise Compaoré passe une enfance heureuse entre Ziniaré et Boromo. Il se souvient encore des parties de chasse qu’il effectuait avec son père, et de la grande affection dont la mère entourait ses enfants4.
Blaise Compaoré entame l’école primaire à Guilongou (Ziniaré). Plus tard, il entre au Collège Saint-Joseph des missionnaires à Fada N’Gourma, puis à l’École normale de Ouagadougou, à partir de la seconde. Brillant, il décroche le bac D en 1972. Les succès scolaires du jeune Blaise cachent mal son tempérament quelque peu turbulent. Il s’est souvent retrouvé à la tête de mouvements de défense des droits des élèves. À la suite d’une manifestation de collégiens en 1971, il est enrôlé d’office dans le contingent spécial de l’Armée, en guise de correction. Il se retrouvera très rapidement affecté à la garde du domicile du président de la République, Aboubacar Sangoulé Lamizana5.
La punition sera plutôt une aubaine pour le garçon qui, depuis longtemps, rêvait du métier des armes - influence de son père oblige. En septembre 1973, il réussit au concours d’entrée à l’École militaire inter-armées du Cameroun. Pendant les années suivantes, son activité professionnelle au pays sera entrecoupée par de nombreux stages à l’extérieur : spécialisation à l’École d’infanterie de Montpellier ; stages d’instructeur commando à Mont-Louis, à Collioure et à Münsingen en Allemagne, à Briançon et à Montgenèvre ; stage dans les Troupes aéroportées de France ; stage d’instructeur parachutiste à Rabat.
Affecté à la Compagnie d’intervention aéroportée (CIA) de Bobo-Dioulasso en mai 1978, Blaise Compaoré rejoint Ouagadougou deux ans plus tard, pour occuper la fonction d’aide de camp du chef d’État major des Armées. En janvier 1981, il prend la tête du Centre national d’entraînement commando (CNEC) de Pô. Au début de l’année 1982, il effectuera un nouveau stage à Pau (France), pour se perfectionner au métier d’officier para. La même année, il gagne ses galons de capitaine. Blaise Compaoré se marie en 1985 à une jeune métisse franco-ivoirienne, Chantal Terrasson de Fougères. Il est père d’une fille, Djamila Imani. Il est connu pour sa grande passion pour le sport, dont il a pratiqué plusieurs disciplines : le basket-ball, le football, le volley-ball. Il aime aussi la lecture, l’architecture, et les animaux sauvages.
Coup d'État du 3 août 1983
Le 3 août 1983, Thomas Sankara s'empare du pouvoir grâce à un coup d’État. Le nouveau pouvoir change le nom du pays : la Haute-Volta devient le Burkina Faso. Blaise Compaoré, alors capitaine, soutient l'action de Thomas Sankara8.
Coup d'État du 15 octobre 1987
Après ses études militaires en Algérie, Blaise Compaoré a pris le pouvoir le « Jeudi noir » 15 octobre 1987, lors d'un coup d'État sanglant au cours duquel Sankara, son prédécesseur à la tête de l'État, a été tué. {{passage non neutre|Alors que selon certaines théories du complot, cet assassinat aurait pu être commandité par le président de la République française François Mitterrand (alors en pleine cohabitation avec un gouvernement qui lui est hostile) }}, Compaoré a décrit le meurtre de Thomas Sankara comme un « accident ». Au moment de prendre la présidence, il a déclaré que Sankara avait « trahi l'esprit de la révolution ». Il engage alors une politique de « rectification de la Révolution », en réalité un retour à la normale des relations avec la Côte d'Ivoire et implicitement avec la France, qui s'étaient précédemment envenimées. En septembre 2008, le sénateur et ex-seigneur de guerre libérien, Prince Johnson affirmera que ses hommes avaient participé à l'assassinat de Thomas Sankara et cela sous l'instigation de Blaise Compaoré.
Juste après son accession au pouvoir, il a éliminé deux de ses anciens compagnons dans le gouvernement de Sankara, les capitaines Henri Zongo et Jean-Baptiste Boukary Lingani, accusés de comploter contre le régime. La responsabilité de Blaise Compaoré dans l'assassinat de Sankara a fait l'objet d'une plainte contre le Burkina Faso déposée par Mariam Sankara, la veuve de l'ancien président. En avril 2006, le Comité des droits de l'Homme des Nations unies a condamné le Burkina Faso pour refus d'enquêter sur les circonstances de la mort de Thomas Sankara (et d'en poursuivre les responsables)
Élections de 1991 et de 1998
Blaise Compaoré a été élu président de la République le 1er décembre 1991. Les principaux partis de l'opposition avaient boycotté cette élection pour protester contre sa prise de pouvoir illégale. Lors de cette élection, le taux de participation a été de 25 %, traduisant la très forte instabilité politique et la protestation dans la population. Il est réélu une première fois le 15novembre1998. Quelques jours après sa réélection, le célèbre journaliste Norbert Zongo est assassiné par des éléments de sa garde rapprochée sous l'instigation de son frère, François Compaoré.
Élection de 2005
En août 2005, Blaise Compaoré a annoncé son intention de participer à la prochaine élection présidentielle. Les hommes politiques de l'opposition ont déclaré son souhait de se représenter en 2005 comme anticonstitutionnel à cause d'un amendement constitutionnel passé en 2000, limitant un président à deux mandats et réduisant la longueur d'un mandat de sept à cinq années, empêchant ainsi Compaoré d'entreprendre un troisième mandat. Les partisans de Compaoré ont contesté ceci, arguant que l'amendement ne pouvait pas être appliqué rétroactivement13. Malgré les objections de l'opposition, en octobre 2005, le Conseil constitutionnel a jugé que Compaoré étant un président en exercice en 2000, l'amendement ne pouvait pas prendre effet avant la fin de son second mandat, l'autorisant ainsi à présenter sa candidature à l'élection de 2005. Le 13 novembre 2005, Compaoré est réélu face à 12 autres candidats en étant crédité de 80,35 % des votes. Bien que 16 partis de l'opposition aient annoncé une coalition pour empêcher Compaoré de garder le pouvoir, personne n'a finalement voulu abandonner son poste à un autre chef de la coalition et l'alliance a échoué. Compaoré a prêté serment pour un autre mandat présidentiel le 20 décembre 2005
Élections de 2010
Le 25 novembre 2010, Blaise Compaoré est réélu dès le premier tour de scrutin à la tête du Burkina Faso, avec 80,15 % des suffrages exprimés, pour un dernier mandat
Révolte de 2011
La révolte burkinabé commence le 22février2011, à la suite de la mort d’un élève battu par les policiers de Koudougou au Burkina Faso. Les manifestations, demandant une enquête sur sa mort et réclamant la fin de l’impunité pour les violences policières, sont réprimées dans le sang en février8, et s’amplifient en émeutes au mois de mars. En avril, de nombreuses mutineries éclatent dans les forces de l’ordre, armée et CRS. En mai, la contestation se maintient de façon diffuse.
Révolution de 2014, démission et fuite
Dès le début de l'année 2014, le régime Compaoré fait face à la pression de la rue : syndicats et étudiants manifestent presque chaque mois pour exprimer leur insatisfaction8.
Le 30 octobre 2014, Blaise Compaoré fait face à un soulèvement populaire d'une grande ampleur, à Ouagadougou comme dans d'autres villes. Blaise Compaoré souhaite se présenter pour un cinquième mandat consécutif en 20158. Pour ce faire, l'article 37 de la loi fondamentale - limitant le nombre de mandats présidentiels- doit être modifié. La tension monte alors que l'assemblée nationale s'apprête à voter cette modification. Des manifestants se pressent près du Parlement et différents bâtiments publics, les forces de sécurité réagissent par des coups de matraques, des tirs et l'emploi de gaz lacrymogène8. Cette répression fait au moins 30 morts. Près de 1 500 personnes franchissent les lignes de police et mettent le feu au Parlement8. Ils prennent le contrôle de la télévision peu après.
Sous la pression de la rue et des militaires, Blaise Compaoré dissout le gouvernement et annonce qu'il renonce à modifier la loi fondamentale8. Le lendemain, il quitte le pouvoir car les militaires ne le soutiennent plus. Le chef d’état-major des armées, Honoré Traoré, annonce la création d’un « organe de transition », chargé des pouvoirs exécutif et législatif, dont l’objectif est un retour à l’ordre constitutionnel « dans un délai de douze mois »16. Exfiltré par les Français après avoir prévenu les partis d'opposition qui n'étaient pas défavorables à l'opération, Blaise Compaoré trouve refuge, avec le soutien du président français François Hollande, en Côte d'Ivoire le 31 octobre puis au Maroc le 20 novembre. Après quelques semaines passées au Maroc, Blaise Compaoré retourne en Côte d'Ivoire où il acquiert la nationalité ivoirienne
Le 1er octobre 2016, près de deux ans après sa chute, la justice burkinabé abandonne les charges liées à la tentative d'amender la Constitution, mais maintient celles liées à la répression des manifestations.
Rôles internationaux et régionaux
En 1993, le président Compaoré était à la tête de la délégation du Burkina Faso qui a participé à la première Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique.
Il soutient les milices des Forces nouvelles de Côte d'Ivoire, qui visaient à renverser le président Laurent Gbagbo, lors de la guerre civile qui déchire le pays en 2004.
À l’issue de la 6e conférence des chefs d’État de l’Autorité de Liptako-Gourma réunie à Gao (Mali) les 25 et 26 avril 2005, Blaise Compaoré est reconduit comme président de cette organisation internationale.
Lors du sommet des chefs d'États à Ouagadougou les 1er et 2 juin 2005, Blaise Compaoré succède au président malienAmadou Toumani Touré comme président en exercice de la Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-Sad).
Compaoré a joué un rôle de médiateur dans des problèmes régionaux. Le 26 juillet 2006, il a été désigné comme le médiateur du dialogue intertogolais qui s'est tenu à Ouagadougou en août 2006 et qui a abouti sur un accord entre le gouvernement et les partis de l'opposition25. Il est aussi intervenu comme médiateur dans la crise ivoirienne qui a opposé le président ivoirien Laurent Gbagbo et le chef des Forces nouvellesGuillaume Soro. Un accord de paix signé par les deux partis a été signé à Ouagadougou, le 4 mars 2007
En tant qu'intervenant dans des médiations, la crédibilité de Blaise Compaoré est notamment contestée par Louise Arbour, présidente de l'ONG International Crisis Group (ICG), qui a déclaré à The International Herald Tribune : « M. Compaoré, qui a été militaire, meneur d'un coup d'État et parrain politique de Charles Taylor (ex-chef rebelle et ancien président du Liberia, actuellement jugé pour crimes contre l'humanité, ndlr), n'est pas l'homme le plus fiable pour prêcher la démocratie et (favoriser) le pouvoir civil »27.
Assassinat de Norbert Zongo
Le président Compaoré et sa garde présidentielle ont été impliqués dans la mort du journaliste Norbert Zongo, survenu le 13 décembre 1998sur la route nationale 6, près de Sapouy, dans le sud du Burkina Faso. Sa voiture a été incendiée et le feu a causé sa mort ainsi que celle de trois autres personnes qui se trouvaient également dans ce véhicule. Directeur de publication de l’hebdomadaire L'Indépendant, Norbert Zongo était connu pour ses positions critiques vis-à-vis du régime de Blaise Campaoré et avait publié des enquêtes retentissantes sur sa mauvaise gouvernance31. Au moment de sa mort, Norbert Zongo travaillait sur un article sur la mort de David Ouédraogo, chauffeur de François Campaoré, le frère de Blaise Campaoré et conseiller économique de ce dernier
Les allégations de meurtre de Norbert Zongo ont été une des rares fois où le pouvoir de Compaoré a été vraiment contesté et inquiété. Depuis, l'opposition et le milieu estudiantin rappellent chaque année dans un événement d'une grande ampleur, l'impunité des responsables.
À la suite de la chute du régime de son frère, François Compaoré s'est réfugié en Côte d'Ivoire où il a acquis la nationalité ivoirienne. Le 5 mai 2017, le Burkina Faso émet un mandat d'arrêt international contre François Compaoré dans le cadre de l'enquête relative à l'assassinat de Norbert Zongo et de ses 3 compagnons de voyage. Le 29 octobre 2017, François Campaoré est arrêté à Paris, à sa descente d'un vol en provenance d'Abidjan. Cette arrestation fait suite au mandat d'arrêt international émis par le Burkina Faso. Le 5 décembre 2018, la justice française autorise l'extradition de François Compaoré vers le Burkina Faso. La défense de François Compaoré indique qu'elle va former un pourvoi en cassation.
La Cour de cassation française a validé, le 4 juin 2019, l'extradition de François Compaoré vers le Burkina Faso. Elle a rejeté le pourvoi déposé par le frère de l'ex-président burkinabè mis en cause dans son pays dans l'enquête sur l'assassinat du journaliste Norbert Zongo, en 1998. Avant que son transfert vers Ouagadougou puisse avoir lieu, il faut encore une autorisation, par décret, du gouvernement français. Un décret lui-même susceptible d'un recours devant le Conseil d'État.
Le 5 mars 2020, la France par décret autorise l'extradition vers Ouaga de François Compaoré.
Assassinat de Thomas Sankara
Entre décembre 2015 et janvier 2016, la justice militaire burkinabé lance 18 mandats d'arrêts internationaux contre Blaise Compaoré, alors en fuite, pour son implication présumée dans l'assassinat de Thomas Sankara. Ce dernier a été tué lors du coup d’État de 1987 qui a amené Compaoré à la présidence du Burkina Faso jusqu'en 2014. En avril 2016, la cour d'appel du Burkina Faso en annule une bonne partie sous prétexte que le tribunal « n'avait pas suivi la procédure appropriée lors de l'émission de ces mandats ». Compaoré réside toujours en avril 2016 en Côte d'Ivoire qui lui a accordé sa citoyenneté.
Distinctions
Blaise Compaoré est récipiendaire de plusieurs distinctions, parmi lesquelles36 :
Docteur honoris causa de :
2009: Institut Internationale d’Ingénierie de l'Eau et de l'Environnement (Institut 2iE)
École des hautes études internationales
Université Sōka
Université Ramkhamhaeng
Université Jean-Moulin-Lyon-III38
Commandeur (2005)39 puis Grand-Croix (2012) de l'ordre international des Palmes académiques du Conseil africain et malgache pour l'enseignement supérieur
Thomas Sankara
Thomas Sankara, né le 21décembre1949 à Yako en Haute-Volta et mort assassiné le 15octobre1987 à Ouagadougou au Burkina Faso, est un homme d'Étatanti-impérialiste, révolutionnaire, socialiste, panafricaniste et tiers-mondiste voltaïque, puis burkinabèNote , chef de l’État de la République de Haute-Volta rebaptisée Burkina Faso, de 1983 à 1987.
Il est le président du pays durant la période de la première révolution burkinabè du 4 août 1983 au 15 octobre 1987, qu'il finit par totalement incarner. Durant ces quatre années, il mène à marche forcée, et y compris en recourant à la répression de certains syndicats ou organisations politiques rivales, une politique d'émancipation nationale (qui passe par exemple par le changement du nom de Haute-Volta issu de la colonisation en un nom issu de la tradition africaine : Burkina Faso, qui est un mélange de moré et de dioula et signifie Pays [ou Patrie] des hommes intègres), de développement du pays, de lutte contre la corruption ou encore de libération des femmes.
Il est abattu lors d'un coup d'État qui amène au pouvoir Blaise Compaoré, le 15 octobre 1987. Son souvenir reste vivace dans la jeunesse burkinabé mais aussi plus généralement en Afrique, qui en a fait une icône, un « Che Guevara africain », aux côtés notamment de Patrice Lumumba.
Biographie
Formation
Thomas Isidore Noël Sankara est fils d'un père Peul – originaire du village de Sitoèga dans le département de Bokin dans la province du Passoré1 – et d'une mère Mossi2, et grandit entre valeurs militaires et religiosité chrétienne. Son père est un ancien combattant et prisonnier de guerre de la Seconde Guerre mondiale. Les affectations successives de son père, devenu infirmier-gendarme, dans plusieurs régions du pays, lui permettent d'échapper à la grande pauvreté dans laquelle vivent la plupart des « indigènes ». Il fait ses études secondaires d'abord au lycée Ouezzin Coulibaly de Bobo-Dioulasso, deuxième ville et capitale économique du pays puis, de la seconde au baccalauréat, à Ouagadougou (capitale politique du Burkina), au Prytanée militaire de Kadiogo. Durant ses études, il côtoie des fils de colons. Il sert la messe mais refuse d'entrer au séminaire5. Il suit, tout comme Blaise Compaoré, une formation d'officier à l'École militaire inter-armes (EMIA) de Yaoundé au Cameroun, puis à l'Académie militaire d'Antsirabe, à Madagascar (où il étudie les sciences politiques, l'économie politique, le français et les sciences agricoles5), et devient en 1976 commandant du CNEC, le Centre national d'entraînement commando, situé à Pô, dans la province du Nahouri, à 150 km au sud de la capitale. La même année, ils prennent part à un stage d'aguerrissement au Maroc. Ensemble, ils fondent le Regroupement des officiers communistes (ROC) dont les autres membres les plus connus sont Henri Zongo, Boukary Kabore, Blaise Compaoré et Jean-Baptiste Boukary Lingani.
Durant ses études à Madagascar, il assiste en 1972 à la révolution qui conduit à la fin du régime de Philibert Tsiranana. Cela l'amène à concevoir l'idée d'une « révolution démocratique et populaire ». De retour en Haute-Volta en 1973 avec le grade de sous-lieutenant, il est affecté à la formation des jeunes recrues. Il s'y fait remarquer par sa conception de la formation militaire dans laquelle il inclut un enseignement sur les droits et les devoirs du citoyen, insistant sur la formation politique des soldats : « sans formation politique patriotique, un militaire n'est qu'un criminel en puissance », a-t-il coutume de dire4. En 1974, il s'illustre militairement lors de la guerre avec le Mali, ce qui lui donne une renommée nationale. Capitaine, il crée ensuite une organisation clandestine avec d'autres officiers, se rapproche de militants d'extrême gauche et fait de nombreuses lectures
Entrée en politique
À la fin des années 1970 et au début des années 1980, le Burkina Faso connaît une alternance de périodes autoritaires et de démocratie parlementaire. Les personnalités politiques sont coupées de la petite bourgeoisie urbaine politisée, et cette scission est renforcée par des scandales financiers. Cela amène de jeunes officiers ambitieux et désireux de moderniser le pays comme Thomas Sankara à s'investir en politique, se posant en contraste avec des hommes politiques plus âgés et moins éduqués. Un coup d'État militaire a lieu en novembre 1980 mais le nouveau régime, bien que populaire, se montre rapidement répressif et lie l'armée à des scandale
Thomas Sankara ne participe pas au coup d’État mais ne s'y oppose pas non plus4. Populaire, il est nommé en septembre 1981 secrétaire d'État à l'Information dans le gouvernement du colonel Saye Zerbo avant de démissionner en réaction à la suppression du droit de grève, déclarant le 21 avril 1982, en direct à la télévision : « Malheur à ceux qui bâillonnent le peuple »5. Il est alors dégradé et chassé de la capitale.
Le 7 novembre 1982, un nouveau coup d'État porte au pouvoir le médecin militaire Jean-Baptiste Ouédraogo. Plus tard, ce dernier assurera que le coup d’État avait été préparé au seul profit de Thomas Sankara mais que ce dernier avait décliné l’offre au dernier moment. On l'avait donc choisi, contre son gré, parce qu'il était l’officier le plus ancien dans le grade de commandant6.
Sankara devient Premier ministre en janvier 1983 d'un Conseil de salut du peuple (CSP), position acquise grâce au rapport de forces favorable au camp progressiste au sein de l’armée7. Il se prononce ouvertement pour la rupture du rapport « néocolonial » qui lie la Haute-Volta à la France : « Lorsque le peuple se met debout, l’impérialisme tremble. L’impérialisme qui nous regarde est inquiet. Il tremble. L’impérialisme se demande comment il pourra rompre le lien qui existe entre le CSP [le gouvernement] et le peuple. L’impérialisme tremble. Il tremble parce qu'ici à Ouagadougou, nous allons l'enterrer »4. Il poursuit sur cette ligne en invitant, en avril, le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. Le 17 mai, il est limogé et mis en résidence surveillée, peut-être sous la pression de la France
Coup d'État et révolution démocratique et populaire
Des manifestations populaires soutenues par les partis de gauche et les syndicats contraignent le pouvoir à libérer Sankara. Le 4 août 1983, la garnison insurgée de Pô arrive à Ouagadougou accompagnée d'une foule en liesse. Ce nouveau coup d’État consacre la victoire de l’aile « progressiste » de l’armée menée par le capitaine Thomas Sankara, qui est placé à la présidence du Conseil national révolutionnaire. Il constitue un gouvernement avec le Parti africain de l’indépendance(en) et l'Union des luttes communistes - reconstruite (ULC-R).
Il déclare que ses objectifs sont : « Refuser l'état de survie, desserrer les pressions, libérer nos campagnes d'un immobilisme moyenâgeux ou d'une régression, démocratiser notre société, ouvrir les esprits sur un univers de responsabilité collective pour oser inventer l'avenir. Briser et reconstruire l'administration à travers une autre image du fonctionnaire, plonger notre armée dans le peuple par le travail productif et lui rappeler incessamment que, sans formation patriotique, un militaire n'est qu'un criminel en puissance ». Il s'entoure de cadres compétents, défend la transformation de l'administration, la redistribution des richesses, la libération des femmes, la responsabilisation de la jeunesse, la décentralisation, la lutte contre la corruption, etc. Le 4 août 1984, la République de Haute-Volta est renommée Burkina Faso
Comités de défense de la révolutionSon gouvernement retire aux chefs traditionnels les pouvoirs féodaux qu'ils continuaient d'exercer5 au profit de Comités de défense de la révolution (CDR), inspirés de l'expérience cubaine, qui sont chargés localement d'exercer le pouvoir au nom du peuple, gérant la sécurité, la formation politique, l'assainissement des quartiers, la production et la consommation de produits locaux ou encore le contrôle budgétaire des ministères.
Parfois, ils refusent après débats certains projets nationaux, comme celui de l'« école nouvelle », qu'ils jugent trop radical
Les CDR auront toutefois tendance à se comporter en milice révolutionnaire faisant régner la terreur, luttant contre les syndicats (jugés dangereux car liés à l'opposition du Front patriotique voltaïque et du Parti communiste révolutionnaire voltaïque(en)). Thomas Sankara dénonce toutefois certains excès des CDR
Toutefois, une opposition subsiste au processus " révolutionnaire et populaire " engagé depuis le coup d'État du 4 août 1983 sur laquelle s'abat une violente répression11. Le 11 juin, la Cour martiale révolutionnaire de Ouagadougou statue sur le sort des personnes impliquées dans ce que les autorités présentent comme le " putsch manqué du 28 mai " (le Monde du 11 juin). Sept « conjurés » sont immédiatement fusillés après le verdict, cinq autres condamnés à des peines de travaux forcés11. Pour la première fois dans l'histoire de la Haute-Volta, des peines capitales ont été prononcées par un tribunal et exécutées11. Parallèlement, un incendie criminel détruit les locaux abritant l'imprimerie du quotidien indépendant l'Observateur
Politique économiqueLes dépenses de fonctionnement diminuent pour renforcer l'investissement. Les salaires sont ponctionnés de 5 à 12 % mais les loyers sont déclarés gratuits pendant un an.
Le nouveau régime vise à développer une économie ne dépendant plus de l'aide extérieure, que Thomas Sankara décrit ainsi : « Ces aides alimentaires […] qui installent dans nos esprits […] des réflexes de mendiant, d’assisté, nous n'en voulons vraiment plus ! Il faut produire, produire plus parce qu'il est normal que celui qui vous donne à manger vous dicte également ses volontés ». Les importations de fruits et légumes sont interdites afin d'inciter les commerçants à se fournir dans les zones de production situées dans le Sud-Ouest du Burkina Faso ; cela est favorisé par la mise en place de nouveaux circuits de distribution et d'une chaîne nationale de magasin. Les CDR permettent aussi aux salariés d'acheter des produits depuis leur lieu de travail
En 1986, le Burkina Faso atteint son objectif de deux repas et de dix litres d'eau par jour et par personne. Le rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation pour les Nations unies déclare au sujet de Sankara : « Il a vaincu la faim : il a fait que le Burkina, en quatre ans, est devenu alimentairement autosuffisant ».
Les fonctionnaires sont incités à porter l'habit traditionnel (Faso dan fani), ce qui conduit de nombreuses femmes à obtenir un revenu propre en tissant ce vêtement directement chez elles
Politique socialeSoucieux de l'environnement, il dénonce des responsabilités humaines dans l'avancée du désert. En avril 1985, le Conseil national de la révolution lance ainsi les « trois luttes » : fin des coupes de bois abusives et campagne de sensibilisation concernant l'utilisation du gaz, fin des feux de brousse et fin de la divagation des animaux. Le gouvernement mène des projets de barrages alors que des paysans construisent parfois eux-mêmes des retenues d'eau. Thomas Sankara critique également le manque d'aide de la France, dont les entreprises bénéficient pourtant en majorité des marchés liés aux grands travaux
Symboliquement, une journée du marché au masculin est instaurée pour sensibiliser au partage des taches ménagères. Sankara avance aussi l'idée d'un « salaire vital », prélevé à la source d'une partie du salaire de l'époux pour le reverser à l’épouse4. Il met fin à la dot et au lévirat, qu’il considère comme une marchandisation des femmes. Il met aussi un terme aux mariages forcés en instaurant un âge légal, interdit l’excision, et tente de s'opposer à la prostitution et à la polygamie
Politique internationaleCritique de la dette
Au niveau international, il critique les injustices de la mondialisation, le système financier, l'importance du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale et le poids de la dette des pays du tiers-monde. Le Burkina Faso ne contracte ainsi pas de prêts avec le FMI, dont il rejette les conditions. Thomas Sankara considère en effet ce système comme un moyen de « reconquête savamment organisée de l'Afrique, pour que sa croissance et son développement obéissent à des paliers, à des normes qui nous sont totalement étrangers »5. Anticipant la réaction des pays occidentaux, il insiste à Addis-Abeba en 1987 sur la nécessité d'un refus collectif des pays africains de son paiement : « Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serai pas là à la prochaine conférence »4. Trois mois avant son assassinat, il prononce, pendant un sommet de l'Organisation de l'unité africaine à Addis-Abeba en 1987, un discours passé à la postérité dans lequel il contestait la légitimité de la dette de son pays et appelle à une action collective de pays africains
Critique de la politique africaine de la FranceThomas Sankara définit son programme comme anti-impérialiste, en particulier dans son « Discours d'orientation politique », écrit en septembre-octobre 1983 par Valère Somé(en) et enregistré dans la salle du Conseil de l'Entente puis diffusé à la radio le 2 octobre 19831. À cet égard, la France devient la principale cible de la rhétorique révolutionnaire. Ces attaques culminent avec le déplacement de François Mitterrand au Burkina Faso en novembre 1986, au cours duquel Thomas Sankara critique violemment la politique de la France pour avoir reçu en France Pieter Botha, le Premier ministre d'Afrique du Sud, et Jonas Savimbi chef de l'UNITA, l'un et l'autre « couverts de sang des pieds jusqu'à la tête ». L'aide économique française est réduite de 80 % entre 1983 et 19854
Rapprochement avec CubaUn programme de coopération avec Cuba est mis sur pied. Après avoir rencontré Fidel Castro, Thomas Sankara envoie à partir de septembre 1986 de jeunes Burkinabés à Cuba afin qu’ils suivent une formation professionnelle et participent, à leur retour, au développement du pays. Ces derniers doivent être volontaires et sont recrutés sur la base d'un concours avec une priorité donnée aux orphelins et enfants des milieux ruraux et défavorisés. Quelque 600 adolescents se sont ainsi envolés vers Cuba pour terminer leur cursus scolaire et suivre une formation professionnelle afin de devenir médecins, ingénieurs, agronomes ou encore gynécologues
Dénonçant le soutien des États-Unis à Israël et à l'Afrique du Sud, il appelle les pays africains à boycotter les Jeux olympiques d'été de 1984 à Los Angeles. Devant l'Assemblée générale des Nations unies, il dénonce également l'invasion de la Grenade par les États-Unis, qui répliquent en mettant en place des sanctions commerciales contre le Burkina. Toujours à l'ONU, il demande la fin du droit de veto accordé aux grandes puissances. Au nom du « droit des peuples à la souveraineté », il soutient les revendications nationales du Sahara occidental, de la Palestine, les sandinistesnicaraguayens ou encore l'ANC sud-africaine. S'il entretient de bonnes relations avec les dirigeants ghanéenJerry Rawlings et libyen Mouammar Kadhafi, il est relativement isolé en Afrique de l'Ouest. Les dirigeants proches de la France comme Houphouët-Boigny en Côte d'Ivoire ou Hassan II au Maroc lui sont particulièrement hostiles.
En décembre 1985, le régime malien de Moussa Traoréentre en guerre pour quelques semaines avec le Burkina Faso en raison d'un différend frontalier
Assassinat
Thomas Sankara est assassiné le 15 octobre 1987.
ContexteLa rigueur et l'intégrité de Thomas Sankara déplaisent à plusieurs (par exemple, il se déplace dans une vieille Renault 5 et hésite à acquérir un véhicule neuf de peur qu'on pense qu'il vole l'argent de l'État). Par ailleurs, face aux dérives de la révolution, l'enthousiasme retombe, certains membres de la population se sentent frustrés, notamment les chefs traditionnels dont les pouvoirs sont affaiblis par la politique de Sankara.
Dans ce contexte, les relations entre Blaise Compaoré et Thomas Sankara se dégradent à partir de 1985, à un point tel que les deux hommes ne se parlent plus ; deux clans rivaux se forment. La veille de l'assassinat de Sankara, le Conseil des ministres adopte un projet de loi créant une brigade de police « anti-coup d'État » (FIMATS), ce que le camp de Compaoré perçoit comme une menace à son encontre
DéroulementEn fin d'après-midi du 15 octobre 1987, Thomas Sankara et six membres de son cabinet sont réunis dans une salle du Conseil de l'entente à Ouagadougou. L'objet de la réunion concerne la création d'un parti politique unique de gauche afin de contrer l'émergence des contestations
Dès le début de la réunion, un commando militaire fait irruption dans le bâtiment en décimant la garde rapprochée de Sankara puis parvient à la salle de réunion où il donne l'ordre aux occupants de sortir. D'après le témoignage du seul survivant, le conseiller à la présidence Alouna Traoré, Thomas Sankara sort le premier, les mains en l'air, en disant aux membres du cabinet « ne bougez pas, c’est de moi qu’ils ont besoin » ; puis il est abattu par les assaillants. Les autres membres subissent le même sort, sauf Traoré qui est conduit dans une autre salle où il retrouve d'autres collègues.
Outre Thomas Sankara, douze personnes sont assassinées.
Cinq membres du cabinet :
Bonaventure Compaoré, employé à la présidence ;
Christophe Saba, secrétaire permanent du Conseil national de la Révolution ;
Frédéric Kiemdé, conseiller juridique à la présidence ;
Patrice Zagré, professeur de philosophie ;
Paulin Babou Bamouni, directeur de la presse présidentielle.
Cinq gardes :
Abdoulaye Gouem ;
Emmanuel Bationo
Hamado Sawadogo ;
Noufou Sawadogo ;
Wallilaye Ouédraogo.
Ainsi que le gendarme Paténéma Soré et Der Somda le chauffeur de Thomas Sankara.
Au soir du coup d'État, un communiqué lu à la radio annonce la dissolution du Conseil national de la Révolution et la démission du président Sankara, remplacé par Blaise Compaoré.
La même nuit, Thomas Sankara et ses camarades sont enterrés sans tombe au cimetière de Dagnoën à Ouagadougou par une vingtaine de détenus réquisitionnés pour l'occasion19. Plus tard, de simples tombes en ciment sont édifiées.
Plusieurs jours après, le certificat de décès de Sankara, publié dans la presse, indique qu'il est décédé de mort naturelle.
EnquêteSon frère d'armes, Blaise Compaoré, qui lui succède à la tête du Burkina Faso, est soupçonné d'être le principal responsable de son assassinat.
En 2006, le Comité des droits de l'Homme de l'Organisation des Nations unies condamne l'absence de tout procès ou de toute enquête de la part du gouvernement burkinabè sur la mort de Thomas Sankara, qui reste officiellement décédé de mort naturelle. Cette décision symbolique constitue une première mondiale dans la lutte contre l'impunité.
Le 14 mai 2015, pour la première fois depuis 2007, Mariam Sankara, de retour à Ouagadougou après le renversement de Blaise Compaoré pour être entendue par le juge chargé d'enquêter sur la mort de son mari, est accueillie par plusieurs milliers de personnes. Des doutes subsistent sur le lieu véritable de la sépulture de Sankara et en mai 2015, un juge burkinabè ordonne l'exhumation de corps du cimetière de Dagnoën pour déterminer s'il s'agit de Sankara et quelles sont les conditions de sa mort.
En décembre 2015, un mandat d'arrêt international est lancé par la justice militaire contre Blaise Compaoré, alors en exil en Côte d'Ivoire. Blaise Compaoré est poursuivi notamment pour son implication présumée dans l'assassinat de Thomas Sankara en 1987. Le 6 décembre 2015, Gilbert Diendéré, auteur du putsch raté de 2015 au Burkina Faso, est inculpé pour complicité dans l’assassinat de Thomas Sankara. Un article de Jeune Afrique, daté d'octobre 2017, signale que Blaise Compaoré est toujours en Côte d'Ivoire et ne devrait pas faire face à ses juges, « les autorités ivoiriennes semblant peu enclines à l’extrader. »
En octobre 2017, un mémorandum a été remis à l'ambassade de France au Burkina Faso pour demander l'accès à toutes les archives sur l'affaire en plus d'une ouverture d'une enquête judiciaire en France pour le 30e anniversaire de l’assassinat. Sans compter les manifestations qui se sont déroulées à Ouagadougou, menées par le Comité international Thomas Sankara. Le 28 novembre 2017, le président Emmanuel Macron répond à ces demandes et affirme que tous les documents français liés à son assassinat seront déclassifiés pour la justice burkinabè. Elles sont versées au dossier judiciaire en 2020
En octobre 2020, le juge d'instruction au sein du tribunal militaire en charge de l'assassinat de Sankara et des 12 personnes assassinées en même temps, termine son travail et rend une ordonnance dans laquelle 25 inculpés sont nommés dont Blaise Compaoré, Gilbert Diendére et Hyacinthe Kafando
Allégations d'ingérences étrangèresL'action de la France est régulièrement soupçonnée car Thomas Sankara est devenu gênant, du fait de sa lutte contre le néocolonialisme, l'impérialisme et la Françafrique
L'implication de la Libye a parfois aussi été alléguée (en dépit du soutien politique et matériel qu'elle apportait à la révolution initialement). Selon Mousbila Sankara, ambassadeur à Tripoli entre 1983 et 1987, la relation entre Mouammar Kadhafi et Thomas Sankara se dégrade lorsque ce dernier refuse de soutenir la position libyenne au Tchad, favorable à Goukouni Oueddei contre Hissène Habré appuyé par la France31. Sankara refuse également d'aider Charles Taylor, soutenu par Kadhafi et le président de la Côte d'Ivoire, Félix Houphouët-Boigny, dans son projet de renverser le pouvoir au Liberia.
En 2008, Prince Johnson déclare que Charles Taylor et lui ont été sollicités pour assassiner Thomas Sankara, en désignant Blaise Compaoré pour commanditaire, avec la caution de Félix Houphouët-Boigny.
Idées et actions politiques
La lutte anti-impérialiste
Thomas Sankara est un des chefs du Mouvement des non-alignés. Il côtoie beaucoup de militants d'extrême gauche dans les années 1970 et se lie d'amitié avec certains d'entre eux. Il met en place un groupe d'officiers clandestins d'influence marxiste : le Regroupement des officiers communistes (ROC).
Dans ses discours, il dénonce le colonialisme et le néo-colonialisme, dont celui de la France, en Afrique (notamment les régimes clients de Côte d'Ivoire et du Mali, lequel lance plusieurs fois des actions militaires contre le Burkina Faso, soutenues par la France).
Il se rapproche de plusieurs pays du bloc socialiste. En octobre 1986, peu avant le sommet Gorbatchev-Reagan à Reykjavik, il se rend une semaine en URSS, mais aussi à Cuba du 25 septembre au 1er octobre 1984, puis une deuxième fois au mois de novembre 19867.
Parallèlement, il rejette le fardeau de la dette qui pèse sur les pays en voie de développement. Son discours contre la dette, prononcé le 29 juillet 1987 à Addis-Abeba lors d'un sommet de l'Organisation de l'unité africaine, est sans doute le plus connu des discours de Thomas Sankara. Il y déclare que son pays ne remboursera pas ses créanciers, et argumente notamment ainsi : « la dette ne peut pas être remboursée parce que si nous ne payons pas, nos bailleurs de fond ne mourront pas. Soyons-en sûrs. Par contre, si nous payons, c'est nous qui allons mourir. Soyons en sûrs également. ». D'après Le Parisien, dans les années 1980, certains pays du tiers monde affrontent une « crise de la dette », et le Fonds monétaire international et la Banque mondiale exigent des plans de rigueur de la part des pays concernés. Sankara s'oppose à ces plans, lesquels sont jugés par le journal « incompatibles avec toute politique sociale ».
Devant l'ONU, il défend le droit des peuples à manger à leur faim, boire à leur soif, et à être éduqués34. Pendant ces quatre années, le Burkina Faso est, selon les critères géopolitiques nés au milieu des années 1970, la dernière révolution de l'« Afrique progressiste », opposée à l'« Afrique modérée ».
La démocratie participative
Souhaitant redonner le pouvoir au peuple, dans une logique de démocratie participative, il crée les Comités de défense de la révolution (CDR) auxquels tout le monde peut participer, et qui assurent la gestion des questions locales et organisent les grandes actions. Les CDR sont coordonnés dans le Conseil national de la révolution (CNR). Cette politique vise à réduire la malnutrition, la soif (avec la construction massive par les CDR de puits et retenues d'eau), la diffusion des maladies (grâce aux politiques de « vaccinations commandos », notamment des enfants, burkinabès ou non) et l'analphabétisme qui diminuera chez les hommes mais reste très élevé chez les femmes, malgré la mise en place de programmes spécifiques comme l'opération « pountoi ». Des projets de développement sont également portés par les CDR, comme l'aménagement de la « Vallée de la Sourou » destiné à irriguer 41 000 hectares.
Concernant la démocratie, il développe une pensée originale : « Le bulletin de vote et un appareil électoral ne signifient pas, par eux-mêmes, qu'il existe une démocratie. Ceux qui organisent des élections de temps à autre, et ne se préoccupent du peuple qu'avant chaque acte électoral, n'ont pas un système réellement démocratique. […] On ne peut concevoir la démocratie sans que le pouvoir, sous toutes ses formes, soit remis entre les mains du peuple ; le pouvoir économique, militaire, politique, le pouvoir social et culturel ».
Sankara tente également de rompre avec la société traditionnelle inégalitaire burkinabè, en affaiblissant le pouvoir des chefs de tribus, et en cherchant à intégrer les femmes dans la société à l'égal des hommes.
Il lance le premier programme africain de lutte contre la désertification et la déforestation. Si symboliquement, il institue la coutume de planter un arbre à chaque grande occasion pour juguler la désertification, il crée également un ministère de l'environnement (pionnier sur le continent) et multiplie les campagnes de lutte contre le déboisement, les feux de brousse et la chasse illégale.
Il est le seul président d'Afrique à avoir vendu les luxueuses voitures de fonctions de l'État pour les remplacer par des Renault 5. Profitant de son passage à l'ONU en 1984, il devient le premier dirigeant africain à se rendre dans le quartier d'Harlem où il prononce un discours40,41. Les voyages en classe affaires sont supprimés, les salaires des ministres et hauts fonctionnaires sont baissés. Sankara explique cette approche en février 1986, « Karl Marx le disait, on ne pense ni aux mêmes choses ni de la même façon selon que l'on vit dans une chaumière ou dans un palais ».
Postérité
Thomas Sankara est parfois considéré comme un « Che Guevara africain ». Au Burkina Faso, une multitude de partis et de mouvements de la société civile se réclament de lui. Il est parfois surnommé le « président des enfants » ou le « président des pauvres »4.
Thomas Sankara a été proclamé modèle par la jeunesse africaine au Forum social africain de Bamako en 2006 et au Forum social mondial de Nairobi en 2007.
Depuis le 28 décembre 2005, une avenue de Ouagadougou porte son nom, dans le cadre plus général d'un processus de réhabilitation décrété en 2000 mais bloqué depuis lors. Diverses initiatives visent à rassembler les sankaristes et leurs sympathisants, notamment par le biais d'un comité national d'organisation du 20e anniversaire de son décès, et à célébrer sa mémoire, notamment par des manifestations culturelles, tant au Burkina Faso que dans divers pays d'implantation de l'émigration burkinabè. En 2007, pour la première fois depuis 19 ans, la veuve de Thomas Sankara, Mariam Sermé Sankara, a pu aller se recueillir sur sa tombe présumée lors des 20e commémorations à Ouagadougou8.
Différents réseaux internationaux, notamment le Comité pour l'abolition des dettes illégitimes (CADTM), ont fait du discours de Sankara contre la dette une sorte d'étendard et font référence à son combat7.
Le 2 octobre 2016, un mémorial dédié à Thomas Sankara est inauguré sur le lieu de son assassinat
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